Une comédie futuriste de Gérard Levoyer

Dans un monde où tout s’est effondré, où les certitudes se sont consumées après une explosion nucléaire, Gérard Levoyer choisit de laisser subsister deux êtres fragiles mais profondément humains : deux comédiens. Deux artistes qui, réfugiés dans un abri de fortune, ne possèdent plus rien sinon leur mémoire, leur humour, et cette obstination à croire que la vie mérite encore d’être jouée.
L’Affiche décollée n’est pas seulement une comédie futuriste : c’est un miroir tendu à notre époque, une fable où le rire devient une arme de résistance. Dans cet espace confiné ces deux survivants réinventent leur propre théâtre. Ils convoquent leurs souvenirs comme on rallume une bougie : pour repousser l’obscurité, pour se rappeler qu’ils ont été vivants, vibrants, aimés. Leurs anecdotes, leurs chamailleries, leurs éclats de tendresse deviennent autant de gestes de survie.
Car c’est bien cela que raconte Gérard Levoyer : la survie n’est pas seulement affaire de nourriture ou d’abri. Elle est affaire de liens, de mots, d’espoirs, de rires qui persistent malgré tout. De cette capacité folle qu’ont les artistes à transformer le chaos en récit, la peur en poésie, la fin du monde en scène ouverte.
Dans ce huis clos postapocalyptique, l’amour circule comme une braise sous la cendre. Il ne s’exhibe pas : il se devine dans les silences, dans les gestes maladroits, dans la manière qu’ils ont de se raccrocher l’un à l’autre pour ne pas sombrer. Et c’est là que la pièce touche au cœur : elle nous rappelle que même lorsque tout se décolle, les affiches, les certitudes, les illusions, il reste cette force têtue, presque primitive, qui pousse l’être humain à espérer encore.
L’Affiche décollée est une comédie, oui. Mais une comédie qui ose regarder la catastrophe en face pour mieux en extraire la lumière. Une pièce qui dit que tant qu’il reste deux voix pour se répondre, deux corps pour se frôler, deux imaginaires pour s’entrelacer, alors le monde n’est pas tout à fait perdu.
C’est un spectacle qui nous invite à croire que l’amour et le théâtre sont peut‑être les derniers abris possibles et les seuls qui ne s’effondreront jamais.
